Poser la question, c’est déjà y répondre. Bien évidemment qu’il ne faut pas ajouter de la peur à la peur. En effet, la peur peut et doit s’approcher de manière apaisée.
Clarifions dès à présent qu’il est tout à fait normal et sain d’éprouver de la peur. Ce n’est pas de la faiblesse, bien au contraire, c’est une marque d’intelligence. En effet, la peur est avant tout une émotion « intellectuelle » si je peux dire.
En voici l’explication. Les émotions peuvent se classer de différentes manières. Je préconise pour simplifier, sans devenir simpliste, d’en considérer quatre :
- La peur du futur
- La tristesse du passé
- La colère du présent
- Et la joie
Vous aurez remarqué que chaque émotion est reliée au temps, excepté la joie. Ceci s’explique par la nature même de ce sentiment. La joie se vit lors de la bonne gestion des trois autres émotions. Voici ce qui nous intéresse pour cet article… La bonne gestion de la peur.
Chacune des émotions liées au temps nécessite une gestion appropriée. En ce qui concerne la peur, il convient de préciser qu’elle est reliée au futur. C’est-à-dire à des événements qui ne sont pas encore arrivés, dont nous n’avons pas encore connaissance. Toutefois, notre cerveau, avec ses facultés prédictives et anticipatoires, élabore divers scenarii qui lui semblent plausibles. Et voici, ce qui revient, tel un effet boomerang, vers notre cerveau.
La peur devient donc une réflexion sur ce qui pourrait se dérouler alors que ce n’est pas encore le cas, un peu comme un jeu avec un petit enfant quand on lui montre une allure de « monstre » avant de crier « bouh ». Cet enfant a généré de la peur, contrôlée et gérée dans un but ludique à ce moment-là. L’être humain aime jouer à se faire peur… jusqu’à un certain point.
Ce qui peut devenir problématique, c’est la mauvaise gestion de cette peur ou le fait de se laisser envahir par elle. Voici quelques pistes de gestion :
Première étape : la factualisation (du flou aux faits)
Seconde étape : l’acceptation (de victime à spectateur)
Troisième étape : l’action (de la réactivité à la proactivité)
Approfondissons ces trois étapes :
Première étape : la factualisation (du flou aux faits)
- Faire une pause pour observer factuellement son présent, de la manière la plus objective que possible
- Relever les différentes possibilités en observant les probabilités, ainsi que l’aspect réel ou imaginaire… ou encore de la nécessité de se préoccuper (différent de s’inquiéter) de ces possibilités
- Se concentrer sur les chemins, processus amenant à ces possibilités afin d’évaluer la proximité relative
Seconde étape : l’acceptation (de victime à spectateur)
- Reprendre ce qui dépend de soi, ce qui dépend des autres et ce qui dépend du hasard (pas d’interaction). Si ce n’est pas tributaire de soi, pointer ce qui est dans ma zone d’influence, ma zone d’actions possibles (directement par moi-même ou de manière indirecte en demandant de l’aide)
- Imaginer ce qui se passerait en cas d’avènement de ces possibilités qui ne peuvent être impactées de ma part (quels effets, quelles modifications dans ma vie), il faut pouvoir accepter la situation et s’y préparer
Troisième étape : l’action (de la réactivité à la proactivité)
- Réfléchir, c’est bien, agir, c’est mieux, que ce soit pour influer directement, indirectement ou même simplement se préparer de toutes les manières possibles (matériellement, logistiquement, physiquement, psychologiquement, socialement , spirituellement, etc.). Il s’agit de faire toutes les causes possibles à sa portée afin de maîtriser ces possibilités qui font peur
- Maîtriser le processus vers ce futur permet de prendre une part de responsabilité, donc un certain contrôle dans ce qui arrivera ou non
- Etant impliqué.e, l’objet de la peur devient justement un objet concret, organisable, planifiable, observable avec distance, recul et évaluation a posteriori (du positif et du … appris ! Car il n’y a pas de négatif, il n’y a que de l’apprentissage).
Je vous laisse faire l’exercice à travers quelques exemples (je développe uniquement le premier exemple et ceci de manière non exhaustive et certainement maladroitement, car la théorie n’est jamais aussi bonne que la pratique) :
- Un enfant a peur qu’un « méchant » attaque pendant la nuit.
Première étape : la factualisation (du flou aux faits)
- Qui est ce méchant ? de quels outils/pouvoirs dispose-t-il ?, où vivons-nous ?, avons-nous une porte avec des murs autour de nous ?, comment s’appelle ce dont tu as peur (mettre des mots avec des définitions) ?, quel est le pourcentage de cambriolage dans notre quartier ?, etc.
- Ce méchant peut-il passer à travers les murs ?, si je ferme la porte à clé, a-t-il la clé ?, , s’il rentre, pouvons-nous appeler la police avec les téléphones ?, combien de temps faut-il à la police pour venir ? etc.
- Ce méchant est-il dans la maison maintenant avec nous ?, comment un méchant rentrerait, à ton avis dans la maison ?, etc.
Seconde étape : l’acceptation (de victime à spectateur)
- Tes peurs sont importantes pour nous, faisons une liste de ce qui possible de faire et qui peut le faire. Que peux-tu faire maintenant pour empêcher ce méchant de rentrer à la maison ?, que voudrais-tu que nous, tes parents, fassions ?, pensons-nous à préserver notre identité et informations personnelles sur les réseaux sociaux ?, ne donnons-nous pas des informations privées à des inconnus ?, qui vérifie que les fenêtres et portes soient bien fermées ?, que peux-tu et veux-tu faire pour nous aider à protéger notre maison ?, etc.
- Et si malgré tout cela, le méchant rentre, que pouvons-nous faire ?, comment parler avec lui ?, quelle procédure de sécurité mettre en place ?, etc.
Troisième étape : l’action (de la réactivité à la proactivité)
- Avec ce que nous avons dit, que devons-nous acheter (serrure de sécurité, lumière automatique avec détecteur de mouvements ,etc.) ?, en quoi devons-nous nous former (communication non violente, négociation, sports d’auto-défense, etc.) ?, téléphoner au commissariat de notre quartier pour demander une évaluation des risques, des informations et des conseils ?, etc.
- Que penses-tu pouvoir ou devoir faire ?, quelles sont tes responsabilités dans les procédures que nous avons mises en place ?, et pour nous, qu’en est-il ?, etc.
- Après chaque nuit, on fera l’état des lieux et le suivi de nos procédures et engagements. On pourra vérifier si un méchant est rentré et donc célébrer chaque matin comme une victoire sur ta peur. Et merci de ta confiance en partageant cette peur. Grâce à toi, on a tous amélioré notre sécurité et nous sommes tous rassurés maintenant.
- Un enfant a peur que sa grand-mère meure du Coronavirus
Première étape : la factualisation (du flou aux faits)
Seconde étape : l’acceptation (de victime à spectateur)
Troisième étape : l’action (de la réactivité à la proactivité)
- Un ado a peur d’être rejeté.e par ses ami.es
Première étape : la factualisation (du flou aux faits)
Seconde étape : l’acceptation (de victime à spectateur)
Troisième étape : l’action (de la réactivité à la proactivité)
- Un sportif a peur de perdre son match
Première étape : la factualisation (du flou aux faits)
Seconde étape : l’acceptation (de victime à spectateur)
Troisième étape : l’action (de la réactivité à la proactivité)
Rappelons que toutes les peurs sont légitimes et doivent être prises au sérieux. Ce qui parait absurde ou insignifiant pour un adulte est important et impressionnant pour un enfant. Si l’enfant ne se sent pas écouté ni respecté par l’adulte, il arrêtera de se confier et cela brisera la relation d’une part, mais surtout bouleversera cet enfant empêtré dans ses peurs non (ou mal) gérées.
Ce modeste article n’aura pas la prétention d’avoir développé exhaustivement le sujet des émotions, et plus particulièrement des peurs. Il s’agit de reprendre ce qui convient à votre situation et de l’adapter selon votre réalité.
Bonnes lectures et investigations complémentaires…
Notons, que le suivi de formations spécifiques ou encore l’accompagnement de professionnels (psychologue, coach, médiateur.trice, etc.) vis-à-vis de cette thématique peuvent s’avérer nécessaires. Attention cependant aux incompétents, charlatans et escrocs dans ces domaines aussi importants que sensibles.
Si dès à présent, les aspects abordés deviennent des balises et des critères de réussite dans la gestion adéquate des émotions de chacun.e, nous aurons atteint un noble objectif.
Par Gregory Manuel RAMIS
Enseignant, psychopédagogue, coach et conférencier

