École, diversité culturelle, société et développement

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mai 27, 2020

 

 

  1. Quelques définitions

La diversité culturelle est un des sujets les plus importants de notre siècle. En effet, depuis 2001, l’UNESCO a également rédigé « La Déclaration universelle sur la diversité culturelle »[1] considérant celle-ci comme un « héritage commun à l’humanité »[2] que la communauté internationale doit impérativement préserver. Avant de continuer cet article, attardons-nous sur la définition des termes « culture », « diversité » et « société ».

D’après le « Macmillan Dictionary of Anthropology », la culture est « un ensemble complexe qui inclut savoirs, croyances, arts, positions morales, droits, coutumes et toutes autres capacités et habitudes acquis par un être humain en tant que membre d’une société »[3]. Le « Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) » propose plusieurs définitions dont la suivante : « Bien moral, progrès intellectuel, savoir à la possession desquels peuvent accéder les individus et les sociétés grâce à l’éducation, aux divers organes de diffusion des idées, des œuvres, etc. »[4]. Nous remarquons que les deux dictionnaires proposent les mêmes définitions. La première s’axe surtout sur les acquisitions que peut faire un être humain en tant que membres d’une société (savoirs croyances, droits, …) et la seconde met l’accent sur les causes de ces différents acquis que la société peut proposer (éducation, œuvres, …).

La diversité, quant à elle, est « le fait que des personnes ou des choses très différentes existent au sein d’un groupe ou d’un lieu »[5] ou « l’état de ce qui est divers »[6].  Ici nous proposons deux définitions différentes : la première exprime « un fait » et la seconde « un état ». Pour cet écrit, nous nous limiterons à l’explication que propose le Macmillan Dictionary of Anthropology car il définit la diversité au sein d’une société. Celle suggérée par le CNRTL, la deuxième, est destinée à une diversité plus générale, non axée sur l’idée de « collectivité », ou de « groupe » humain.

Pour le mot « société », le Macmillan Dictionary of Anthropology ou le CNRTL proposent une définition identique. Nous privilégierons ici : « état de vie collective ; mode d’existence caractérisé par la vie en groupe ; milieu dans lequel se développent la culture et la civilisation »[7].

Ces trois définitions nous montrent que ces mots sont liés et il était d’une importance cruciale de les définir. Dès à présent, nous pouvons souligner que la société est un lieu où les hommes se rassemblent pour vivre en communauté et ainsi développer la culture ; ce milieu peut présenter une diversité quand la collectivité présente des différences (ethniques, linguistiques, religieuses, …). La manière dont la société va agir face à cette diversité est une question d’ordre politique et sociologique. Reste à nous poser deux questions : « en quoi cette diversité peut être un moteur de développement ? » et enfin, « comment l’école peut agir face à cette diversité ? ».

 

 

  1. Le développement d’une société à travers la culture

La déclaration de l’UNESCO précise dans son Article 3, le lien entre diversité culturelle et développement :

« La diversité culturelle élargit les possibilités de choix offertes à chacun ; elle est l’une des sources du développement, entendu non seulement en termes de croissance économique, mais aussi comme moyen d’accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle satisfaisante »[8].

De plus, dans le rapport « Notre diversité créatrice »[9], « le patrimoine » ou « l’héritage » culturel est directement lié au développement[10]. En effet, le point « 1.3 A. Le patrimoine culturel au service du développement » précise : « Atout pour le développement, le patrimoine (culturel) devrait contribuer à la satisfaction des besoins […] de la société en général en tant qu’élément du capital culturel […] ».

Le développement d’une société est donc l’une des conséquences principales de la diversité culturelle. Conserver d’anciens textes, les étudier et les analyser au sein de nos établissements scolaires nous permettent ainsi de nous enrichir personnellement et de développer notre société pluraliste par notre héritage culturel.

 

 

  1. La diversité culturelle et l’école

D’après le Professeur Perrenoud[11] dans « l’école face à la diversité des cultures »[12], l’école est un lieu au service de toutes les communautés dans leurs diversités. Donc, c’est le lieu par excellence qui contribue à la fabrication d’une identité commune au-delà des différences religieuses, ethniques ou linguistiques. Il précise également que dans les faits, l’école peut être un moyen, pour une collectivité (dominante ou minoritaire), de conserver sa propre culture véhiculant, parfois, un mépris vis-à-vis des autres. Rappelons tout de même qu’en Belgique, le Décret Mission de 1997 précise trois objectifs fondamentaux[13] :

  • 1° promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun des élèves,
  • 2° amener tous les élèves à s’approprier des savoirs et à acquérir des compétences qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle,
  • 3° assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale.

Dans nos écoles, la diversité des cultures est présente et aucune distinction n’est faite entre des élèves sur bases de leur religion, ethnie, langue, … Soulignons qu’un des objectifs du Décret Inscription[14] en Belgique est d’assurer une mixité sociale et culturelle ainsi que le Décret Mixité Sociale visant à renforcer la mixité au sein des établissements scolaires[15]. Les écoles sont donc en première ligne pour valoriser ce patrimoine culturel présent au sein de notre société. Les lieux d’apprentissages, quels qu’ils soient, ont toujours été une source et un moteur du développement et de la créativité.

La culture est à la base du développement selon le rapport de l’UNESCO « Notre diversité créatrice »[16]. Nous pouvons donc considérer qu’un système scolaire efficace met en valeur le patrimoine culturel en vue de favoriser le développement de la société. Le Professeur Mohammed Ezroura[17] considère également l’université comme un moteur de développement qui a façonné la société moderne[18]. La culture et une éducation la valorisant sont dès lors nécessaires pour un développement sociétal sain.

 

  1. La diversité culturelle en classe

En classe, le premier élément dont il faut rendre compte est la diversité présente en son sein. C’est là le meilleur outil possible pour mettre en œuvre une(des) activité(s) autour de la diversité culturelle. Un autre point de départ possible serait d’élaborer une recherche autour des différents voyages entrepris par les élèves de la classe. Se questionner sur les « destinations traditionnelles » (où tout le monde va) pour les vacances et les pays « sous-estimés » (qui n’intéresse personne) regorgeant de richesses culturelles qui ne sont pas mises en évidence.

Mettre en valeur la diversité de chaque élève c’est aussi le questionner sur son rapport à celle-ci. La reconnait-il comme une richesse et non comme une tare ? Nombreux sont les jeunes qui voient leur particularité culturelle reléguée comme « sous-culture » et souvent, de façon non volontaire, par le cours d’Histoire ou par certains propos de professeurs, peu importe la discipline. En effet, les cours de sciences humaines (Histoire, Sciences Sociales, etc.) sont très européanocentrés dans les programmes d’où la nécessité de les revoir. Dans le monde anglo-saxon, depuis plusieurs années, le projet « Big History »[19] prend de plus en plus d’ampleur et peut être un bon outil pour faire de l’interdisciplinaire, de l’interâge et surtout de revoir ce que nous appelons « l’Histoire ». Et de façon plus concrète, aborder la richesse de la diversité humaine et des les aborder sur un pied d’égalité.

Aujourd’hui, l’école est un lieu d’acculturation qui détruit la confiance de l’élève car on induit en lui, volontairement ou involontairement, qu’il y a une culture « supérieure » et une « inférieure »(référence aux travaux de Perrenoud)[20]. Même si ce n’est pas ici le sujet de l’article, pour éviter une acculturation trop forte, il est primordial d’aborder, dès le début de la scolarisation, la richesse culturelle de chacun.

[1]Auteur non cité, « Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle », 31e session de la Conférence Générale de l’UNESCO, UNESCO, Paris, 2001.

[2]MATSUURA K., « La richesse culturelle du monde, c’est sa diversité en dialogue », in « Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle », 31e session de la Conférence Générale de l’UNESCO, UNESCO, Paris, 2001, p.4.

[3]TAYLOR E., « Macmillan Dictionary of Anthropology », The Macmillan Press LTD, 1986.

[4]Auteur non cité, « Culture », Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, consulté le 05février 2020. URL : http://www.cnrtl.fr/definition/culture

[5]Auteur non cité, « Diversity », Macmillan Dictionary, consulté le 05février 2020. URL : http://www.macmillandictionary.com/dictionary/british/diversity

[6]Auteur non cité, « Diversité », Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, consulté le 05février 2020. URL : http://www.cnrtl.fr/definition/diversit%C3%A9

[7]Auteur non cité, « Société », Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, consulté le 05février 2020. URL : http://www.cnrtl.fr/definition/soci%C3%A9t%C3%A9

[8]Auteur non cité, « Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle », 31e session de la Conférence Générale de l’UNESCO, UNESCO, Paris, 2001, p.6.

[9]Auteur non cité, « Rapport : Notre diversité créatrice, rapport de la Commission mondiale de la culture et du développement », UNESCO, 1998, p.11. URL : http://unesdoc.unesco.org/images/0015/001591/159177F.pdf.

[10]Précisons tout de même que notre champ de cet article se limite au « développement culturel » même si les différents rapports traitent également des développements économiques, politiques, …

[11]PERRENOUD P., « L’école face à la diversité des cultures : La pédagogie différenciée entre exigence d’égalité et droit à la différence », Université de Genève, Genève, 2005.

[12]« Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre », Centre de documentation administrative, Bruxelles, 1997, Chapitre II Article 6, mise à jour en 2017.

[13]Rappelons que le texte que nous appelons le « Décret Inscription » est intégré au décret du 24 juillet 1997.

[14]« Décret mixité sociale – Inscription des élèves en première année de l’enseignement secondaire ordinaire », Fédération Wallonie-Bruxelles, 2009.

[15]« Décret mixité sociale – Inscription des élèves en première année de l’enseignement secondaire ordinaire », Fédération Wallonie-Bruxelles, 2009.

[16]Auteur non cité, « Rapport : Notre diversité créatrice, rapport de la Commission mondiale de la culture et du développement », UNESCO, 1998. URL : http://unesdoc.unesco.org/images/0015/001591/159177F.pdf.

[17]Professeur de la Faculté des lettres à l’Université de Rabat.

[18]EZROURA M., « Université et Diversité Culturelle », Université de Rabat, Rabat, 2008, p.1.

[19] Auteur non cité, « Big History Project », in https://school.bighistoryproject.com/bhplive, consulté le 05février 2020.

[20] PERRENOUD P., « Culture scolaire, culture élitaire ? » in

http://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/perrenoud/php_main/php_1990/1990_03.rtf, Université de Genève,

1990 et « La fabrication de l’excellence scolaire : du curriculum aux pratiques d’évaluation ».

 

H.B. (enseignant)

 

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